Musique Kabyle

Mémoire d’enfance à travers ces pochettes de disque…

La musique kabyle fait parti des composantes les plus importantes de l’identité et de la culture kabyle. La musique kabyle, à l’instar des autres musiques berbères, a traversé des siècles et a toujours su jouer un rôle important dans la transmission de messages, de valeurs, de traditions … d’une génération à une autre.

Le style traditionnel de base (origine) de la musique kabyle est Acwiq « Achewiq » qui signifie en kabyle phrase. Ce style musical autrefois réservé aux femmes kabyles pour exprimer un sentiment de joie ou de deuil, des rêves souvent secrets, amour, souffrance, espoir, désespoir… de Acwiq plusieurs formes on vu le jour comme tibugharin (chants rituels de fêtes), azuzzen (berceuses), izlan, ch’na, amaazbar (joutes chantées), ahiha (chants d’évocation amoureuse), adekker (chant mystico-religieux), rkoun n idebalen (musique de tambourinaires)…

Les années 1970 ont vu naître plusieurs groupes artistiques qui se revendiquaient de la musique moderne. associés à la chanson contestataire ; ces groupes et chanteurs ont su introduire des instruments modernes comme la guitare folkclassiqueélectriquepiano, etc. parmi ces groupes, on peut citer : inaslyen, idheflawen, inemlayen, debza, imnayen, les abranis, etc. D’autres chanteurs ont également marqués cette période par les revendications politiques qu’ils apportaient mais aussi par une ouverture artistique nouvelle qui a révolutionné la mentalité kabyle. Parmi ces chanteurs on peut citer l’un des plus connus en Algérie mais aussi dans le monde : Idir qui est devenu le symbole de la chanson moderne kabyle notamment grâce à sa chanson phare A Vava Inouva qui a été traduite dans plusieurs langues mais aussi syphax, Djamel Allam. Actuellement, la scène artistique kabyle est très diversifiée. On y trouve de la chanson contestataire, du rap ainsi que de la musique purement commerciale qui trouve son public parmi les jeunes qui sont de plus en plus désœuvrés, et de la variété qui mêle romantisme, société et vie de tous les jours. les chanteurs les plus en vue sont, entre autres : Ali Amran, Oulahlou, Zimu, Si Moh, Brahim Tayeb, Cheikh Sidi Bémol, etc.

En Algérie la variété kabyle (moderne ou traditionnelle) est l’une des plus importantes, de nombreux chanteurs peuvent être cités, parmi eux : Les Abranis – Lounis Aït Menguellet – Djamel Allam – Rabah Asma – Cherif Kheddam – Slimane Azem – Salah Sadaoui – Nouara – Yasmina – – Cheikh Sidi Bémol – DjurDjura – Oul Lahlou – Ferhat Mehenni – Cheikh El Hasnaoui – Idir – Kamel Messaoudi – Brahim Izri – Lounès Khaloui – Lounès Matoub – Noureddine Meziane – Noureddine Chenoud – Ideflawen – Tagrawla – Taÿfa et bien d’autres.

AmZik : La nouvelle inspiration de la chanson kabyle

« Ils sont trois (2 frères jumeaux et un ami) et leur groupe s’appelle AmZik (comme avant).

El Watan Week-end les a rencontrés pour vous à Paris. Histoire de ceux qui présentent, aujourd’hui, une inspiration différente dans la chanson kabyle.

«Oh mère d’enfant exilé, je t’en prie sèches tes larmes. Dans un proche ou lointain lendemain, il reviendra dans ton giron sans drame. Qu’il soit triste ou dans la plainte, dans ses pensées tu restes, n’aie de crainte. S’il devait choisir, il serait à tes côtés. Dirait non à l’amertume, ainsi la vie serait douce. Hélas, chez lui il ne peut rester.

En ce jour sur ses terres, l’espoir a déserté…» Extrait traduit du kabyle de Yemma-s n Uɣriv (mère de l’exilé), chanson du groupe Amzik, dont le clip a atteint un demi-million de vues sur YouTube. Il est fort en émotion et beau. Dans ce clip d’Amzik, rien n’est fait au hasard.

Chaque plan exprime un passage d’une vie à travers laquelle ces artistes expliquent leur musique, comme ces feuilles d’arbres qui tombent au printemps, ce vieux château en ruine, beau de l’extérieur et vide de l’intérieur, ce pont séparé en deux et ces pas le long d’une montagne comme pour rentrer chez soi.

Les mots sont raffinés. Ils chantent l’exil et rappellent les origines. Des mots adressés à la mère, qui peut aussi être une terre, comme pour lui signifier son attachement et la tristesse ressentie d’en être séparé. Amzik (comme avant) est le nom de groupe que se sont donné trois jeunes artistes de la chanson kabyle qui excellent en France depuis plus de deux années.

Composé de deux jumeaux de 30 ans, Abdenour (dit Nonor) et Karim Belkadi, et Khireddine Kati, dit Didine, qui, lui, est âgé de 33 ans, l’écho de ce groupe qui transcende sa voix depuis l’hexagone n’a pas tardé à trouver résonance dans les montagnes de Kabylie. Leur devise : chanter avec les valeurs des anciens sous un air nouveau et moderne. «Nous sommes dans la continuité et non dans l’assimilation», précise Nonor, rencontré avec Karim et Didine dans un café parisien.

Les chansons comme les clips sont de qualité. De plus, la manière avec laquelle ce groupe présente son travail démontre qu’il y a eu une réflexion et un travail de recherche préalable. Ils tiennent beaucoup à l’image qu’ils extériorisent, ils créent eux-mêmes leur propre univers. «Nous travaillons nos chansons dans l’image et dans le son. Nous produisons, nous-mêmes, l’image de nos chansons. Nous voulons que les gens voient une nouvelle manière de faire de la musique kabyle.

Les anciens artistes comme Slimane Azem, Cheikh El Hasnaoui, Lounes Matoub ou Aït Menguellet avaient d’autres priorités. Ce sont eux qui ont créé le patrimoine musical et poétique de la chanson kabyle. Mais ils n’avaient ni le temps ni les moyens de travailler l’image comme l’est le cas, par exemple, du jazz ou du rock. Quand on parle du jazz, on imagine directement son univers, ce qui n’est pas le cas de la chanson kabyle. Dès qu’on parle de cette dernière, c’est en premier lieu l’image de l’artiste avec sa guitare qui chante devant un microphone qui nous vient en tête. Avec nous, ce sera différent», promet Didine.

Le groupe travaille à la perfection. Les mots sont soigneusement choisis et racontent des épopées dont la force et la profondeur dépassent les attentes. Amzik produit un son élaboré avec une variété d’instruments, dont les plus algériens d’entre eux, comme le mandole ou le banjo, dominent souvent les chansons et vous projettent sans attendre dans l’univers de la chanson kabyle. «Nous avons grandi avec la musique kabyle et le chaâbi où le mandole est très présent. Notre but est de le moderniser et de trouver une façon de le présenter aux gens. Quand on parle de cet instrument, on le présente comme étant traditionnel ; je ne suis pas d’accord. Je pense que, au contraire, il est moderne. Beaucoup de gens font du folk ou du reggae. Mais ils doivent savoir qu’il n’y a qu’un seul Bob Marley et il était Jamaïcain. Je pense qu’il faut faire, du moins dans notre cas, ce qui peut le mieux nous représenter tout en s’ouvrant aux autres», projette Nonor. Et Didine d’ajouter : «Contrairement aux autres instruments comme le oûd, le mandole est une création récente. Il n’a même pas un siècle d’existence. Il a été créé par Hadj El Anka pour donner une identité à notre musique. Beaucoup l’ont récupéré avec intelligence et dans le respect. Jusqu’à Lounes Matoub qui en a fait une merveille. Le mandole joue toujours le même son que la voix. L’enjeu c’est de faire en sorte qu’il accompagne la musique d’aujourd’hui.»

L’environnement créé par Amzik a, certes, une identité, mais vous fait voyager dès les premières notes dans l’universalité. Les chansons sont somptueuses vocalement parlant : on entend les trois artistes chanter en même temps, comme une symphonie douce et foudroyante. Leur complémentarité est évidente au point où tous ceux qui savourent la musique comprendraient que les mélodies sont parfaitement choisies et mariées de sorte à donner un son qui nous rappelle la Kabylie mais qui puise sa richesse dans la diversité du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Tel est l’univers du groupe Amzik. «C’est tout un travail. Nous prenons beaucoup de temps pour trouver un arrangement vocal qui nous convienne à nous trois. »

Source : extrait – El Watan Week-end 04 janvier 2019

Extrait ci-dessous, du prochain album du groupe AmZik  » AṬAS  » D’ailleurs, leur prochain album portera ce nom, « ATAS ». Le texte dénonce ces pouvoirs qui nous empêchent de vivre, à coup de répression, d’injustice et d’extrémisme.